Un zeste d'estime

Schmock

« Et ces bleus, comment est-ce arrivé Max ? Tu veux bien que je t’appelle Max comme le font tes copains ? Tu peux tout me dire tu sais ? Tu n’as pas à avoir peur Max, je suis là pour t’aider »
( M’aider, tu parles ! Qu’est-ce qu’elle croit cette infirmière ? Je suis assez grand pour me débrouiller tout seul )

« J’ai une idée ! Si tu faisais un dessin, ça te plairait de faire un dessin ? Regarde dans cette boîte, tu y trouveras des feutres de toutes les couleurs et voilà un bloc de papier. Je te laisse un moment, profites-en pour dessiner ce qui te passe par la tête et après, nous discuterons encore un peu »
( Ho là ! Elle veut me piéger cette dame. Je ne suis plus un petit môme et puis dessiner quoi ? Faudrait pas qu’il tarde Schmock. Oui, je sais, j’exagère un brin, j’ai toujours besoin de lui. Surtout ces derniers temps)

« Schmock ??? Schmock ??? » D’habitude, il apparaît au premier appel mais ici je ne peux pas crier trop fort, même pas dans ma tête. L’infirmière n’est pas loin, elle m’observe sans en avoir l’air et j’ai la désagréable impression qu’elle peut voir en moi. J’ai envie de retourner en classe, c’est justement l’heure de math. J’adore ça les math même que Monsieur Bruno prépare des questionnaires rien que pour moi et mes copains ils ricanent : « chouchou, chouchou »

« Schmock ??? » Pfff, où il traîne ? Il était plus rapide avant, comme la première fois où je l’ai rencontré. Je me souviens, c’était pendant une leçon de piano. J’aime pas le piano. Moi, je rêve de jouer de la guitare comme Serge le copain de Papa, mais Maman dit d’un air pincé que le piano c’est plus Pres -Ti - Gieux.
Des gammes et encore des gammes, on voit bien que c’est pas elle qui s’y colle.

Ce jour là, le métronome m’énervait, m’énervait et tout bas, je disais « schmock, schmock » à chaque battement comme pour me venger de ne pas pouvoir le jeter à la tête de la prof. « Schmock » et j’ai aperçu, assis sur le tabouret, un autre moi-même. C’était étrange, je pouvais agir à ma guise, entrer, sortir, jouer à la play-station et mon autre moi, lui, jouait du piano. Bien d’ailleurs, très bien. Si bien que la prof avait l’air étonnée et qu’elle a dit : « Bravo, Maximilien, tu as fait d’énormes progrès »Depuis ce jour, Schmock est devenu mon plus fidèle ami. Quelle que soit la situation, il est toujours d’accord pour me remplacer quand je l’appelle.
Déjà un quart d’heure de passé et il n’apparaît pas. Il est peut-être fâché ou bien il en a assez de vivre ma vie. Sûr, c’est pas le pied.

« Schmock ??? » Je t’en prie, sors-moi d’ici. Je déteste cette salle, je m’y sens prisonnier et ces feutres me brûlent les doigts. D’accord, tu en as marre de prendre les coups à ma place… je ne t’en veux pas, tu sais ? Quand mes parents se disputent, c’est toujours Maman la perdante et je la protège. C’est ainsi. Enfin, TU la protèges en t’interposant. Quoi ? Ce n’est plus possible ? Comment ? Tu ne veux plus m’aider ? Schmock, ne me laisse pas tomber, sans toi jamais je ne résisterai. Tu me vois, tout seul face à eux ? Et puis, ils sont mécontents par ma faute. « Maximilien ceci, Maximilien cela » ils ne sont jamais d’accord sur la façon de m’élever et j’en ai assez d’être un jouet entre leurs mains.
Non, Schmock, pleure pas. Tu as sans doute raison, je vais dessiner !

Monique Nyssen

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