Eve rentre de l’hôpital exténuée par une nuit de travail. Les patients sont très agités en ce treize novembre où un orage terrible éclate.
Le village est inondé, tellement la pluie est violente.
La rue des Prés à Vodelée où Eve habite est noyée de boue emportée des champs par la violence de l’orage et la quantité d’eau tombée.
Une enveloppe jaune ondoie à la surface de l’eau et se laisse conduire par la course déroutante du ruisseau.
Un grand nettoyage est nécessaire et sa sieste de détente et de réflexions est donc illusoire aujourd’hui. Eve attendra le soleil qui fera évaporer toute cette humidité de ce décor bien trempé.
Les chaussures de sport sont remplacées par de hautes bottes.
Autre sport !
C’était il y trois ans, mais encore vivant dans sa mémoire.
Un jour pas ordinaire et contrariant.
Elle aime se blottir dans son lit douillet et sentir un nuage de tiédeur envelopper son corps nu. Elle est dans le noir, couchée sur le dos et dort d’un sommeil profond. A dix heures cinquante, elle dort toujours.
L’après midi, elle chausse ses baskets et part dans la campagne s’oxygéner et rêver un peu. Elle s’endort même sur un lit d’herbe.
Brusquement, elle se réveille, se secoue la tête et se dit : « hier, j’ai vu une enveloppe jaune. Je n’ai pas rêvé, j’en suis sûre ! Elle a dû suivre les flots du ruisseau en bas de ma rue. Où est-elle ? »
Obstinée, Eve la recherche en suivant le cours d’eau. Au moulin du village, l’eau roule en cascade en chantant à plus de dix mètres bas.
Ce vide !! Eve tangue, s’agrippe à un arbre et une effroyable angoisse monte en elle. Elle ne peut se lâcher.
Une tache jaune flotte sur l’eau : l’enveloppe, se dit-elle ! Que faire ? Elle se sent attirée par le miroir flottant et tremble de tous ses membres. Sa volonté l’emporte et « ose ».
En dépit de son corps tétanisé, elle se laisse glisser doucement le long des racines et branchages ancrés dans la terre parfumée des odeurs de l’automne. L’angoisse du vide la taraude cruellement. La nausée tord ses tripes, mais dans sa tête, une idée fixe : l’enveloppe. Elle massacre son corps et c’est l’ouragan dans son cœur.
Ouf ! ses pieds se noient dans cette rivière déchaînée et elle se saisit de l’enveloppe. Eve est comateuse mais tient son désir à deux mains.
La nausée devient de plus en plus écœurante. Elle ouvre l’enveloppe et lit : « Mets-toi en accord avec toi-même ». Cette idée la torture depuis quarante ans. Un spasme violent lui fait vomir tout ce qu’elle a en elle. Sa douleur, ses chagrins, son mal être, ses contraintes, en fait « sa vie ». Oui, sa vie ! elle ! Qui est-elle ? Que fait-elle « d’elle » ?
Elle est ailleurs, elle parle à son cœur et fait le tri de toutes les perversions et manipulations qu’elle subit en se taisant. Elle n’est qu’une apparence et non un être entier qui vit et s’épanouit selon ses propres désirs, ses propres passions. Eve s’attaque à elle avec fermeté. Ses racines rurales lui font voir un autre monde. Elle puise sa richesse et son bien-être dans la nature. Elle se met donc au travail. Elle se fait « petite » et grandit doucement en se métamorphosant nourrie par la sève de la vie, de l’Amour qui gère son cœur.
Cette sève grouille dans les prés, les bois, dans cette nature pure et fraîche. Et cette rosée qui tous les matins lui rince le corps et l’esprit. Elle devient une autre « Eve », la vraie, celle qui s’aime et cherche à être aimée.
Elle conclut que le message de cette lettre est de retrouver son âme d’enfance, de revivre et voir les choses autrement. C’est ça vivre, s’épanouir et croire en soi ! Le reste, le vent l’emportera … !
Une adepte d’Eve