Lorsqu’ Adèle m’a écrit cette fameuse lettre il y a trois ans, elle me disait qu’elle viendrait me voir dès qu’elle serait prête.
Et la voilà enfin, resplendissante et tout sourire !
J’ai hâte de la questionner, de savoir comment elle a osé sortir de ses bulles.
Quel a été le déclic ?
Adèle m’embrasse et je l’invite à entrer et prendre ses aises.
« alors ma jolie, raconte-moi donc tes péripéties. Habites-tu toujours au n° 3 rue de la pomme ? Perchée au sommet de ta rue à semer ton imagination à tous vents ? »
« Ecoute, me dit-elle, c’est plus compliqué que ça. Et difficile à expliquer car je n’ai plus envie de m’attarder dans ce passé qui pour moi n’était qu’un carcan où je vivais plutôt la vie de mon mari et de mes enfants ; j’en ai oublié de vivre.
Je me suis laissée lentement emprisonner, jusqu’au jour où je me suis sentie acculée, étouffée ; à voir avec horreur que je m’étais trompée de vie.
Alors, j’ai décidé de sortir un peu de la maison, de voir du monde. Mais mon mari voyait tout cela d’un très mauvais œil et je frissonne encore de toute cette pression psychologique qu’il faisait peser sur moi ; m’affirmant que je ne devais pas faire ceci ou cela et patati et patata. »
Adèle s’arrête un peu de parler, perdue dans ses pensées. Je vois bien qu’elle n’est pas encore tout à fait heureuse.
Bien sûr, elle avait eu en son temps de petites aventures pour vivre un peu de nouvelles émotions ; tout cela à petites doses et se disant qu’elle avait droit à de petits bonheurs pour oublier un peu son ennui et ses erreurs.
Et puis voilà …Antoine débarque dans sa vie ; avec son assurance et son franc-parler. D’abord, elle a été méfiante. Il estimait qu’elle avait droit à prendre un peu de liberté.
Bref, Antoine a été un catalyseur dans sa vie.
Toutes sortes de choses se sont déclenchées dont elle ignorait l’existence. Il lui apprenait à s’affirmer, à vivre ses rêves, à vivre dans la réalité, elle qui si souvent se réfugiait dans ses rêves.
Il avait aussi déclenché des peurs et des angoisses terribles et irrationnelles, qu’elle n’avait jamais connues, dont elle ignorait la source.
Finalement, elle s’est faite aider pour essayer de démêler tout ça.
Et voilà, ses peurs et angoisses comprises et domptées, elle a pu enfin ne plus avoir peur de son mari, ne plus lui laisser l’occasion de faire pression.
Adèle me confie qu’elle aurait bien voulu partir de là, tout quitter pour vivre seule ; mais elle ne voulait pas vivre précairement, ni que ses enfants en pâtissent.
Elle a donc décidé de vivre sa vie ; dur, dur, car elle se sentait seule et incomprise. Mais peu importe.
Le chemin a été long et n’est pas encore terminé. Elle apprend à vivre au jour le jour me dit-elle, sans aucune illusion quant aux sentiments d’Antoine.
Mais elle est bel et bien amoureuse, Adèle. Pas facile sans rien devant elle d’autre que des petits moments de bonheur.
Ils étaient bien ensemble Adèle et Antoine et accordaient leurs moments.
Et puis, pour essayer de ne pas trop en souffrir, Adèle s’est mise à faire du sport, à s’essayer à la poterie ; à réaliser son vieux rêve d’écrire.
A se déplacer seule de plus en plus loin , sans avoir peur de se perdre.
Elle était très fière de sa dernière activité… la plongée sous-marine :elle n’en était encore qu’à l’entraînement en piscine et c’était assez épique parfois. Que de peurs à franchir avant de se sentir à l’aise sous l’eau !elle en a fait des gaffes, de celles qui pourraient lui coûter la vie en plongée réelle !
Mais elle apprend et est très fière de ses progrès… de TOUS ses progrès.
Et elle est contente d’en parler.
Maintenant, m’affirme-t-elle, je vis enfin ma vie. Difficile peut-être, car peu de gens me comprennent et même Antoine ne comprend pas toujours tout !
Mais voilà, j’ai décidé d’être amoureuse malgré tout, de me détacher de tout.
L’important, me confie-t-elle, c’est de vivre ! d’être moi ! dans ma fragilité aussi, comme dans ma force !
Je suis jugée…tant pis ! je regarde droit devant moi. Peu m’importent les ragots. J’ose la liberté de mes actes, de mes rêves, de mon âme et de mon corps.
Je reconnais bien là Adèle, toujours rebelle et si vivante !
« Ecoute Martine, j’en ai marre de parler de tout ça. Raconte-moi plutôt ce que tu deviens toi… je parle, je parle et toi tu ne dis rien ! »
Non, je ne dis rien, Adèle, mais depuis que tu m’as envoyé cette lettre remplie de tes extrêmes, dans cette belle enveloppe jaune soleil, je n’arrête plus de rêver. Alors, je t’écoute et j’ai l’impression de vivre moi aussi.
Michèle