Ce jour-là, après avoir beaucoup marché, j’étais parvenue à une croisée des chemins et je profitais d’un coin agrémenté d’un banc pour m’octroyer une pause afin de soulager mes pieds endoloris. Assise à l’ombre d’un chêne, rassasiée de quelques fruits, j’observais les différentes routes qui se présentaient à moi. Celle de gauche me semblait la plus accueillante et bientôt je me remis en marche dans cette direction.
Cependant, après quelques lacets, je me retrouvais dans une contrée étrange où tout était voué à l’apparence. Les personnes que j’y rencontrais étaient superficielles et vaniteuses. Sans cesse, elles admiraient leur reflet dans des miroirs placés un peu partout sur les murs des maisons. Pour elles, seul comptait l’aspect extérieur et moi, vêtue à la diable, les cheveux ébouriffés par le vent, j’étais observée avec mépris, nul ne répondait à mes tentatives de dialogue. A la sortie du village, un miroir géant barrait la route empêchant tout passage. Je rebroussais alors chemin suivie par les regards hautains et dédaigneux de la population. C’est avec un réel soulagement que je quittais ce pays du paraître.
De retour au carrefour, j’optais pleine d’espoir pour un autre chemin. Après quelques centaines de mètres, deux gardes vêtus d’uniformes stricts me réclamèrent un droit de passage. Je m’exécutais de bonne grâce, curieuse de découvrir ce qui justifiait cette demande. Hélas, cette vallée avait pour tout but la rentabilité effrénée. Les gens se hâtaient en tous sens, il ne fallait pas perdre une minute de ce précieux temps qui valait de l’argent. Leurs yeux préoccupés me regardaient sans me voir. Les enfants et les vieillards délaissés et parqués à l’écart comme du bétail avaient un regard si triste que je m’enfuie en courant.
Dès lors il ne me restait plus qu’une route à découvrir mais elle m’emmena au pays de la jalousie, de l’envie malsaine, de la dénonciation calomnieuse. Les habitants se montraient méfiants. Ils chuchotaient, toujours sur le qui-vive et leurs visages portaient les marques de leurs peurs. Moi-même, je me sentais soupçonnée pour je ne sais quelle raison et, mal à l’aise, je fis demi-tour.
Revenue m’asseoir sous le chêne, je faisais le bilan de mes déboires quand mon regard fut attiré par l’amorce d’une minuscule sentier caché derrière une touffe de genets. Une nouvelle fois, la curiosité guida mes pas. L’endroit était sauvage, la végétation faisait comme un écran de protection et je devais, pour avancer, écarter des branches basses, repousser des ronces ou contourner de grosses pierres. Vraiment, ce chemin se méritait.
Et puis vint la récompense, je pénétrais dans une clairière baignée de soleil. Au sol, un tapis de mousse semblait m’inviter au repos, l’air était rempli de chants d’oiseaux. De ci, de là, passaient à ma portée des feuillets couverts de signes. J’en saisis un au passage et je découvris des mots doux comme une caresse, légers comme une plume. Ensemble, ils décrivaient l’amour de la vie.
Au bord d’un petit ruisseau à l’eau limpide, des artistes peignaient des tableaux animés ou donnaient vie à des matières les plus variées. Certains jouaient d’étranges instruments dont s’échappaient des mélodies sublimes. Tous me souriaient, m’invitaient à partager leur quiétude. Tout ici était harmonie et je compris instinctivement que mon voyage touchait à son terme. Par le plus grand des hasards j’avais enfin atteint mon jardin secret, celui qui depuis toujours était enfoui au plus profond de moi et un sentiment de paix infinie m’enveloppa.
Monique Nyssen